vendredi 29 mars 2013


Je n'avais pas été au cinéma depuis longtemps, mais s'il y avait un film que je ne voulais absolument pas manquer, c'était bien celui-ci. Le voir plusieurs fois permet de mieux en saisir la beauté.

Plusieurs histoires situées sur différents espaces temps, d'une certaine façon toutes liées les unes aux autres. Ce sont les mêmes acteurs que l'on retrouve aux différentes époques dans des rôles différents, ce qui donne une continuité entre ces personnages à travers les siècles et une idée bien singulière de la réincarnation. Le montage en lui-même était plutôt osé, mais les époques sont parfaitement entremêlées de façon limpide et magnifique. La philosophie du film tourne notamment autour de l'entêtement humain à reproduire inlassablement les erreurs du passé, la puissance de l'amour et l'espoir, à travers les idées d'un médiateur. L'espoir finit par triompher du mal à chaque époque. L'humanité finit toujours par rebondir malgré ses erreurs et crée toujours un futur meilleur en renversant l'ordre établi. D'une certaine façon, le film met en lumière l'idée que de toute l'histoire de l'humanité, aucune leçon ne doit être tirée simplement, car chaque époque est unique, avec ses identités, ses esprits qui la font vivre, et 
qu'aucun peuple n'est plus clairvoyant que ne le furent les autres peuples de l'histoire.

Un film au contexte inédit et vraiment bouleversant. On est aspiré dans une sorte de spirale. On ressent un certain malaise, et en même temps, on a le sentiment d'être pris par la main et d'être guidés de façon intelligente et objective. L'humanité est exposée tantôt de façon repoussante à l'extrême, tantôt de façon incroyablement sensible, faisant ressortir les plus beaux côtés de cette humanité parfois tâtonnante, réfléchie, poétique.



La première époque se situe en 1849, dans l'océan Pacifique. Adam Ewing, un jeune juriste, voyage à bord d'un navire. Il fait la connaissance d'un passager clandestin qui fuit l'esclavage. En retrouvant son épouse Tilda à San Francisco, Adam et cette dernière décident de s'engager dans la lutte contre l'esclavagisme. 

Puis, durant l'entre-deux guerres, en Angleterre (vers 1930), nous suivons Robert Frobisher, un jeune musicien bisexuel, qui doit quitter son amant Sixsmith et travailler à Cambridge pour un célèbre compositeur. Il garde contact avec Sixsmith par écrit. Robert apprend beaucoup au contact du compositeur tout en écrivant sa propre œuvre, la Cartographie des nuages



En 1973, en Californie, la journaliste Louisa Rey enquête sur un dossier (rédigé par un certain Sixsmith, plus âgé) allant à l'encontre de la construction d'une centrale nucléaire. Les responsables de la centrale veulent dissimuler les dangers potentiels et font assassiner un à un les opposants, dont Sixsmith. Dans la chambre d'hôtel de Sixsmith, Luisa découvre les vieilles lettres de Robert Frobisher. 

Dans le présent, en Angleterre, (la partie la plus drôle) nous suivons les aventures de Timothy Cavendish, un éditeur qui connaît le succès après que l'un de ses auteurs ait assassiné en public son critique littéraire. La majeure partie de son argent ayant été récupérée par ses créanciers, Cavendish se trouve dans l'impossibilité de payer la famille de l'auteur incarcéré. Il appelle alors son frère à l'aide, qui lui donne le nom d'une pension de famille discrète pour se cacher. En réalité, il s'agit d'un centre d'internement pour les personnes âgées.

En 2144, dans une Corée du futur, la société est maîtrisée par une organisation, la Corpocratie, un véritable empire consumériste. L'une des clones, nommée Sonmi-451, travaille dans la cafétéria Papa-Song, où elle fait la rencontre d'une clone révolutionnaire faisant partie de l'Union rebelle d'Hae-Joo Chang, un homme qui va lui ouvrir les yeux sur la société dans laquelle ils vivent. Sous l'enseignement de Chang, Sonmi prend conscience que chaque individu doit savoir prendre des risques, même mourir si nécessaire, pour faire changer les choses. 
Au moment où le QG des rebelles va être attaqué et anéanti, Sonmi-451 diffuse un message par télévision et radio, en direction des autres pays et des autres planètes précédemment découvertes. Son message se propagera très vite et elle deviendra une figure emblématique, recherchée par les autorités.

Au 23ème siècle, dans un futur faisant suite à l'extinction de l'espèce humaine sur terre, Zachry vit dans une tribu peu avancée sur le plan technologique, où chacun vénère la grande déesse Sonmi pour tout ce qui leur est cher. La tribu est en proie aux attaques fréquentes d'hommes cannibales. Meronym, une ethnologue issue de la dernière civilisation, vient étudier les coutumes locales. Lorsqu'elle parvient à guérir Chaton, la nièce de Zachry, celui-ci accepte de la conduire au sommet d'une montagne « tabou », censée habiter des Esprits malfaisants. Meronym et Zachry mettent alors en marche une machine antique, permettant de lancer un appel de détresse aux humains résidant sur des planètes extra-solaires. Ils captent le message transmis par la déesse Sonmi :
« La vie ne nous appartient pas. Du berceau au tombeau  nous sommes liés les uns aux autres. Dans le passé et le présent. Et par chaque crime, chaque acte de bonté, nous enfantons notre avenir. »




On y retrouve le génie du réalisateur du film Le Parfum et celui des réalisateurs de Matrix (et producteurs de V pour Vendetta). Généralement, les projets liés de près ou de loin à Andy et Lana (Larry) Wachowski, aboutissent à des merveilles et ce film n'a pas manqué à la règle. C'est même l'un de mes préférés. J'en attendais beaucoup, et je n'ai pas été déçue. On reste en éveil du début à la fin (2h45, tout de même...), les décors et les thèmes musicaux sont grandioses, la lumière également, la poésie vient contrebalancer la violence et le côté gore de certaines scènes, et Tom Hanks est remarquable, comme à son habitude. J'ai beaucoup aimé aussi l'idée que chaque époque était liée à la précédente par des traces écrites ou visuelles d'un personnage trouvées par un autre (le journal de la traversée du pacifique d'Adam trouvé par Robert Frobisher, les lettres de Robert à son amant Sixsmith trouvées par Louisa Rey, le film biographique de Cavendish trouvé par Hae-Joo Chang, la transmission de Sonmi captée par Zachry et Meronym). Ces héritages transmis directement ou indirectement d'une époque à une autre, qui permettent de constater que des erreurs ont été commises et finissent par se réitérer. Des erreurs mais aussi des actes de courage qui peuvent contribuer à éveiller des consciences et soulever un peuple entier. 
J'ai eu des frissons tout du long. J'ai ri aussi. La manière dont se présente le récit permet d'aborder les questions existentielles et de proposer une réflexion sur la nature et la condition humaine. Le film traite aussi bien de l'amour que de la mort, de la réincarnation et de la liberté des individus.

A couper le souffle.

lundi 21 janvier 2013

L'adoption



Parce-qu'il circule sur la toile des extraits vidéo sélectionnés faisant passer les manifestants contre le mariage et l'adoption des homosexuels pour des perles en leur genre, il convient aussi d'exposer les arguments qui, eux, peuvent se défendre et ne m'apparaissent pas obligatoirement déraisonnés. 

Il y a toujours le pour et le contre face à une réforme. Après tout, en bons français qui se respectent, nous nous devons de râler et faire que tout sujet d'actualité soit l'argument tant espéré pour une nouvelle baston. Quelle que soit l'idée que l'on soutient, je reste convaincue qu'une réforme n'est jamais à prendre à la légère, surtout à partir du moment où d'autres personnes (autres que nous-mêmes) sont concernées. Des personnes à qui le choix ne se présente pas. Pour le mariage homosexuel, simplement, j'ai bel et bien l'impression que la question n'est pas amenée à se poser. Concernant l'adoption en revanche, j'ai du mal à concevoir que l'on puisse être totalement pour et trouver là une évidence certaine, sans penser aux conséquences.

Un enfant élevé par deux parents de même sexe est amené à grandir avec un déséquilibre. D'autres enfants "normaux" (que je n'aime pas ce mot...) élevés par un père et une mère qui se disputent, voire se séparent, connaissent également un certain déséquilibre. 
Un déséquilibre peut forger une personnalité différente, plus ouverte, et donc intéressante à développer chez ce même enfant, c'est vrai. Cela peut tout aussi bien déboussoler et anéantir complètement une personnalité très sensible si cette dernière est mal encadrée. L'adoption est déjà très compliquée à gérer pour un couple hétérosexuel. C'est un choix qui inclue une attention plus particulière, de toute évidence.

L'adoption par les homosexuels est un concept à accepter et à respecter, je le pense, mais peut-être pas autant à la légère. La nouveauté a souvent du bon, oui, mais avec le "recul" nécessaire pour que cela fonctionne :-)

mardi 18 décembre 2012

Le coeur




Telle une chandelle sur un clan rêveur,
Le coeur observe, puis veille à son heure,
Honorant la promesse d'être généreux
Quand l'éducation même endigue ses vœux.

Le coeur assume ses responsabilités
Et malgré cela, se confronte au doute.
Se persuade de ne jamais faire assez
Pour que chacun puisse tracer sa route.

Témoin discret de fureurs et de larmes
Le coeur adsorbe sans jamais juger.
Il tolère, analyse au calme
Avec sagesse, conseille ses cadets.

Puisant son énergie auprès de la terre,
Le coeur écoute, s'instruit et se nourrit.
Il sait que la chaleur l'emporte sur le fer
Et qu'en cet enseignement prospère la vie.


Suzie Leïlan, le 28/04/12.
(à ma tante).


Peinture : James Abbott McNeill Whistler - Au Piano

jeudi 6 décembre 2012




ambiance musicale

L'hiver pointe le bout de son nez :) Il fait froid et en même temps, j'ai rarement vu un mois de novembre aussi ensoleillé ! Les filles (de la reliure) et moi-même en avons profité pour organiser quelques sorties,  notamment samedi dernier où nous nous sommes rendues à Caen. Ça nous a fait beaucoup de bien de nous éloigner un peu de Lisieux. Nous avons fait escale au château de Guillaume (enfin, ce qu'il en reste), l'Abbaye aux hommes, le marché de Noël, et la librairie de livres anciens Frérot (il y a tellement de beaux livres entassés du sol au plafond qu'on doit se faufiler dans les allées comme un contorsionniste ^^). A l'heure du goûter, nous sommes allées au Dolly's, un salon de thé très british que je voulais absolument faire découvrir aux filles. On peut y déguster de délicieux chocolats chauds à l'ancienne avec des scones au beurre, dans un univers très cosy. Les clients s'assoient généralement dans de gros fauteuils ou sur des banquettes, entourés de photos en noir et blanc et de meubles en bois :) Comme c'était bondé, nous nous sommes contentées de la terrasse chauffée. C'était vraiment agréable.
Et dimanche, j'ai organisé une mini pendaison de crémaillère dans mon appartement avec les filles, avec raclette et Seigneur des anneaux. Un très bon week-end.

La reliure, c'est génial. ^^ Je m'éclate vraiment. L'un de nos professeurs, Monsieur Kunz, nous donne souvent des cours "annexes" souvent très intéressants. Un vendredi matin, on a vu une branche de bambou passer la porte la première, suivie par Mr Kunz. Il nous a ensuite fabriqué des calames pour nous exercer à la calligraphie d'époque, pendant 2 heures, avec différentes écritures :) L'Onciale m'a d'ailleurs beaucoup fait pensé à l'univers de Tolkien avec ses formes arrondies. Un petit côté elfique... On a adoré. 
Il nous a également montré comment fabriquer du papyrus, ainsi que de la colle de farine.

J'ai appris un nouveau montage : le Bradel. Le rendu esthétique est un peu différent que le montage reliure classique, se rapprochant un peu plus du livre industriel courant (il y en a des beaux). Plus simple et plus rapide à réaliser, mais un peu moins solide à long terme. 
Comme je passe beaucoup de temps à la salle de dorure de mon côté, Monsieur Crézé m'a montré comment dorer à la vraie feuille d'or cette semaine. Ça fait du changement par rapport au film argenté ou doré! C'est délicat à manipuler mais très sympa à réaliser. Le rendu est plus net et vraiment joli (pas encore photographié car c'est pour un futur cadeau de Noël^^).

Les journées sont bien remplies. En ce moment, je n'écris pas beaucoup car je suis très fatiguée en rentrant, mais le coeur y est. J'espère trouver quelques moments pour écrire des articles un peu plus intéressants que celui-ci, mais malheureusement, la rédaction des articles qui me tiennent à coeur peut me prendre facilement une journée entière...

Il y a vraiment une ambiance de pré-Noël qui plane à l'atelier. Les Schokobons circulent un peu partout et Lucylle a commencé à décorer sa fenêtre de guirlandes en papier en forme de bonhommes de neige et d'étoiles (ça arrive qu'elle s'emmerde...^^'). 
On attend notre première neige de pied ferme ici :-]

Les livres photographiés ci-dessus ont été réalisés par mes soins (demi-cuir chagrin et dorure au film doré). Crédit autres photos : Web Pommes et Gralon.

mardi 18 septembre 2012

La vie suit son cours à Lisieux...

Je suis toujours en vie, même si je dispose de peu de temps pour me manifester ces temps-ci sur les plateformes. Je viens donner quelques nouvelles sur mon petit blog, à défaut de le faire ailleurs ;) J'ai donc abandonné le DUT métiers du livre pour me tourner vers le fameux CAP de reliure d'art à Lisieux, que j'ai entamé depuis début septembre. Cela fait donc un peu plus de deux semaines que j'ai entamé cette formation, et je dois dire que cela me plaît énormément. 

Nous avons été mis dans le bain très rapidement, tant et si bien qu'au bout d'une petite semaine, nous posions déjà sur notre paillasse notre premier ouvrage vierge "safran" conçu de A à Z par nos petites mains hésitantes, après avoir suivi une à une les 50 étapes précises nécessaires à la conception artisanale du livre, avec le suivi de Mr. Crézé, de Madame Dozolme et de Mr Kuntz (les trois "Z" ^^).

Nous sommes quatre élèves (filles) à être bachelières et nous nous entendons très bien. Nous sommes installées toutes les quatre sur la même paillasse, un peu "à part" dans le groupe, puisque contrairement aux autres élèves plus jeunes, nous suivons le CAP en une seule année (si tout va bien du moins ^^').
Aujourd'hui, nous avons terminé notre deuxième livre (avec une couverture demi toile au choix), ainsi qu'une reliure japonaise avec des gardes colorées, et nous avons même été initiées à la dorure en fin de journée. J'ai adoré manipuler les fleurons à chaud et les palettes. Après plusieurs essais, j'ai quand même réussi à faire des lignes droites et régulières. ^^


Nous passons le plus clair du temps dans l'atelier, à rogner, parer, encoller, poncer... C'est essentiellement du travail manuel (à l'oeil et à l'instinct) et je me sens très à l'aise dans ce domaine. Nous sommes en totale liberté, à pouvoir aller et venir dans l'atelier à tout moment de la journée pour reprendre nos travaux en cours et demander conseils aux enseignants présents si besoin... On a deux heures pour manger tranquillement chez soi le midi. Il n'y a aucune pression, aucun stress, et j'ai vraiment plaisir à me lever le matin :) Comme les élèves sont autorisés à mettre de la musique, on a même quelques fois un fond d'ambiance irlandaise dans l'atelier, ce qui est loin d'être désagréable :)

Quant à mon nouvel appartement, c'est un véritable petit grenier bien agréable à vivre, plutôt cosy et très lumineux, qui allie à la fois le côté vieillot à la normande et le moderne :) Je m'y plais beaucoup également. Pour l'instant, tout va bien donc, ça ressemble au bonheur :) Je me sens pousser des ailes. Et lorsque je suis dans les bras de Morphée, j'envisage même d'exercer mon futur métier jusqu'en Irlande, c'est pour dire ! ^^


Pages précédentes Pages suivantes Accueil